MIGUEL VEYRAT TRADUCE A JACQUES DARRAS (I)

El poeta y traductor Miguel Veyrat tradujo, introdujo y anotó poemas de Jacques Darras, publicados con el título de Antología fluvial (Palma de Mallorca, Calima Ediciones, 2006). Publico hoy una primera entrega, junto con la nota introductoria, que incluyo al final.

Le pays au bout de mon jardin

Un pays est toujours plus que la somme de ses habitants

Un pays est toujours la somme de ses rêves.

Des ses habitants plus leurs rêves.

Au-delà de lui-même en permanence, derrière l’horizon

Il n’existe pas d’arithmétique nationale, il existe l’arithmétique approximative.

Déjà inventée, qui se nomme « littérature ».

Les hymnes nationaux sont la littérature en peau de chagrin.

Vous prenez un drapeau vous vous essuyez une larme au coin de l’oeil.

En Belgique, tout le monde prend le même mouchoir, noir, jaune, rouge.

Cela tombe bien.

Je déteste les hymnes nationaux mais je pleure quand je les entends.

Je me déteste de pleurer quand je les entends.

Je me déteste d’être Belge quand je rêve debout à la Belgique.

Heureusement, je ne suis pas Belge.

C’est pourquoi je me mouche dans mon mouchoir individuel à grands carreaux

Un mouchoir qu’on agite, plus ou moins sale parce qu’il a servi, peut suffire à faire un emblème de paix.

Pourquoi m’arrive-t-il donc de tant rêver à la Belgique?

Parce que je suis Français, que mon rêve de la Belgique est l’immédiateté de mon rêve le plus proche.

La Belgique commence, commençait au bout de mon jardin.

J’ai longtemps rêvé du jardin d’en face, d’au-bout, d’au-delà l’horizon.

Enfant, le Nord m’attirait.

Le cadastre de mon village était disposé de telle façon que la partie nord était plus spectaculairement en pente, couverte de bois de bosquets.

Au Nord, il y avait un moulin de pierre à cheval sur deux cadastres.

Au Nord de mon cadastre, la terre faisait de petites vallées valleuses qu’empruntaient les lièvres, oreilles aplaties pour ne pas attirer l’attention des chasseurs à l’automne.

J’aimais un Nord lièvre, Nord perdreaux, Nord couleur d’automne.

La Belgique, mon automne permanent, attitré.

Rien de nostalgique, là.

Non, il y a de l’aubépine dans les champs au printemps, ici comme ailleurs.

L’été se fait sentir sur le sable entre de Panne Knokke-le-Zout comme ailleurs.

Bistre, rayé de baches d’eau reflétant les nuages, mer verte et huileuse au large.

Belge des plages, j’eusse sans doute rêvé aux falaises de Douvres, du Kent.

Nous habitons la géographie, la part de la géographie que nous n’habitons pas effectivement, nous la rêvons.

Créatures d’espace, les enfants surtout, arrière-arrière petits-fils de chasseurs à l’imagination lièvre.

Notre pays, la somme de nos fuites dans l’imagination, la somme de fois où nous avons fui poursuivis par les plombs de la réalité.

Je reprends la course encore une fois, épurée, abstraite, comme rêvant à elle-même à mesure qu’elle se court.

Je parlerai donc rêveusement de la réalité.

L’incompressible gloire nationale est faite du rêve des autres à son sujet.

Il y a des invasions multiples multi-séculaires qui, sans bruit, invisiblement, viennent regonfler les rêves nationaux les uns des autres.

Pour ces invasions-là je ne connais qu’un hymne, le poème.

Le poème marché, le poème parlé, le poème rêvé.

Il y a toutes sortes de nationalités poétiques qui n’ont pas encore été répertoriées.

Ce sont chaque fois des nationalités d’emprunt.

Nous entrons dans un monde de nationalités d’emprunt, provisoires, clandestines.

Les vieux douaniers se crispent, reprennent du service, guettent le passage du lièvre, arme et larme à la bretelle.

Douaniers de l’automne, qui ne voient passer qu’un rêve, qu’une couleur rousse, qui ne voient rien passer, qui tirent au jugé, au hasard.

Quelle gibecière pour le lièvre poétique?

Aucune, toutes sont faites de mailles bien trop larges pour retenir l’automne.

Je croise mon hétéronyme, hétéronome lièvre belge.

Il porte un drapeau français dans le regard qui est l’envers du mien.

Un drapeau de printemps, l’herbe française est tellement plus tricolore!

Nous nous ignorons superbement.

J’ai vu au passage sa carte d’identité, son passeport, le lièvre en question se nomme Henri Michaux.

C’est un lièvre de Namur que son cadastre ennuyait fortement.

Je connais bien l’église Saint-Jean à Namur.

J’aime Namur comme une curiosité, je ne suis pas sûr que j’y vivrais, Namur est ville parfaite pour l’imagination.

Tous les hôtels s’y nomment Charles Baudelaire, vous entrez, vous devenez aphasique.`

On ne vous demande rien, on vous donne une chambre.

Chambre avec bergerie Louis XVI au chambranle, vous êtes aphasique mais pas sexuellement inerte.

Aphasie du haut simplement, pas du bas, rappelez-vous.

Traverser une frontière c’est immédiatement tomber dans la sexualité.

Voulez-vous une sexualité du Nord avec tapis en laine, douche forestière ou baignoire multipositionnelle?

Charles choisit la Meuse comme baignoire, c’est un esthète, Monsieur Turner a déjà couché avec son cheval dans cette chambre.

Une écurie la Belgique?

Une écurie picturale, basse-cour royale, ferme avec fumier fumure sur position automatiquement drôle.

Nous avons le purin surréaliste courant à tous les étages, j’arrive, j’arrive!

Qu’y a-t-il mais qu’y a-t-il?

J’allais me noyer dans mon rêve, je suis nu dans de l’eau chaude, une femme est nue à côté de moi dans la même eau, je lui caresse la pointe du sein droit avec la paume droite, son téton se lève, elle met son bras autour de mon cou.

Aacchh! ce que j’aime l’automne en Belgique.

El país al final de mi jardín

Un país siempre es más que la suma de sus habitantes.

Un país es siempre la suma de sus sueños.

De sus habitantes mas sus sueños.

Permanentemente más allá de sí mismo, tras el horizonte.

No existe una aritmética nacional, existe la aritmética aproximativa.

Que ya está inventada. Se llama <<literatura>>.

Los himnos nacionales son la literatura en harapos.

Se busca una bandera y se enjuga con ella una lágrima en el ojo.

En Bélgica, todo el mundo usa el mismo pañuelo negro amarillo y rojo.

Combina muy bien.

Yo detesto los himnos nacionales pero lloro al escucharlos.

Me detesto por llorar al escucharlos.

Me detesto por ser belga cuando sueño con Bélgica despierto.

Afortunadamente, no soy belga.

Por eso me sueno con mi pañuelo individual a grandes cuadros.

Un pañuelo que se agita, más o menos sucio porque ya está usado, puede servir como señal de paz.

¿Por qué me sucede soñar tanto con Bélgica?

Porque soy francés, mi sueño de Bélgica resulta ser lo inmediato de mi sueño mas cercano.

Bélgica empieza, empezaba al final de mi jardín.

Soñé mucho tiempo con el jardín de enfrente, el del fondo, el de más allá del horizonte.

Cuando niño, el Norte me atraía.

El catastro de mi pueblo estaba dispuesto de tal modo que la parte norte quedaba mucho más espectacularmente en declive, cubierta de bosques y sotillos.

En el Norte, había un molino de piedra a caballo sobre dos catastros.

Al Norte de mi catastro, la tierra formaba vallejos y hoces que las liebres tomaban con las orejas gachas, para no alertar a los cazadores de otoño.

Yo amaba un Norte liebre, Norte color de otoño, Norte perdigón.

Bélgica, mi otoño permanente, habitual.

Nada hay de nostálgico en todo esto.

No, hay espino blanco en los campos, en primavera, aquí como en cualquier parte.

El verano se nota sobre la arena entre De Panne Knokke-le-Zout como en cualquier otra parte.

Ahumado, surcado por baches de agua reflejando las nubes, un mar verde y aceitoso hacia adentro.

Si yo fuera un belga de las playas, hubiese soñado sin duda con los acantilados de Dover, del Kent.

Habitamos en la geografía, y la parte de la geografía que no habitamos de verdad, la soñamos.

Criaturas de espacios abiertos, sobre todo los niños, tataranietos ellos de cazadores de la imaginación liebre.

Nuestro país, la entera suma de nuestras escapadas por la imaginación, la suma de las veces que hemos huido perseguidos por los plomos de la realidad.

Regreso una vez más a la carrera, depurada y abstracta, como ensoñada en sí misma a medida que avanza.

Hablaré pues como soñador de la realidad.

La incomprensible gloria nacional está hecha del sueño de los demás acerca de ella.

Existen invasiones múltiples multiseculares que sin hacer ruido, de modo invisible, sirven para inflar nuevamente los sueños nacionales de unos sobre otros.

Para ese tipo de invasiones sólo conozco un himno, el poema.

El poema caminado, el poema hablado, el poema soñado.

Hay toda clase de nacionalidades poéticas que no han sido aún repertoriadas.

Casi siempre son nacionalidades prestadas.

Entramos en un mundo de nacionalidades prestadas, provisionales, clandestinas.

Los veteranos aduaneros se crispan y vuelven al servicio activo, acechan el paso de la liebre,

arma y lágrima al hombro.

Aduaneros de otoño, que no ven pasar sino un sueño, sino un color rojizo, que no ven pasar nada, que disparan al azar, a ojo de buen cubero.

¿Qué tipo de zurrón para la liebre poética?

Ninguno, llevan todos unas redes demasiado amplias para retener el otoño.

Me cruzo con mi heterónimo, heterónomo liebre belga.

Lleva una bandera francesa en su mirada, el envés de la mía.

¡Una bandera primaveral, la hierba francesa es mucho más tricolor!

Nos ignoramos orgullosamente.

He podido ver de refilón su carné de identidad, su pasaporte, se llama Henri Michaux la liebre en cuestión.

Es una liebre de Namur a la que su catastro molestaba enormemente.

Conozco muy bien la iglesia de San Juan de Namur.

Me gusta Namur como curiosidad, pero no estoy muy seguro de que pudiera vivir allí, Namur es una ciudad perfecta para abrir la imaginación.

Allí todos los hoteles se llaman Charles Baudelaire, y al entrar se vuelve uno afásico.

Te dan una habitación sin preguntarte nada.

Habitación con escenas pastoriles Luis XVI en la bóveda, pues uno es afásico pero no sexualmente inerte.

Afasia de lo alto solamente, recordad, no de los bajos.

Cruzar una frontera es caer inmediatamente en la sexualidad.

¿Deseáis una buena sexualidad del Norte con alfombra de lana, ducha forestal o bañera multiposicional?

Charles eligió el Mosa por bañera, como buen esteta, y el señor Turner durmió con su caballo en esta misma habitación.

Bélgica ¿Una cuadra?

Una cuadra pictórica, gallinero real, granja con estiércol estercolero en posición automáticamente graciosa.

¡Tenemos purín surrealista corriente en todos los pisos, ya voy, ya voy!

¿Qué pasa aquí, pero qué está sucediendo?

Iba a ahogarme en mi sueño, estoy desnudo en el agua caliente, hay una mujer desnuda a mi lado sumergida en la misma agua, yo le acaricio el extremo del seno derecho con la palma derecha, su pezón se yergue, coloca su brazo en torno a mi cuello.

¡Aajjj! Cuánto me gusta el otoño en Bélgica.

Léon Spilliaert répond à ses critiques

Depuis que j’ai découvert la Mer du Nord je lui fais jouer rôle rétrospectif.

Je l’insinue partout.

Je la fais se glisser sans bruit dans mes souvenirs.

Je la fais rentrer très loin à l’intérieur des terres du continent.

Je me promène en permanence sur une plage.

Vous me voyez dans la rue?

C’est moi, marchant sur un trottoir parisien, lillois ou bruxellois, avançant de face comme font les promeneurs naturels, urbain rêveur donnant l’impression de regarder devant lui, de savoir où il va.

C’est sûr, je sais où je vais.

Ce que vous ne voyez pas cependant, comment le verriez-vous, c’est que, dans le moment même où je m’apprête à vous croiser, je ne vous ferai sans doute pas bonjour, excusez-moi, je ne reconnais personne, je suis distrait j’ai les yeux toujours au loin, à la seconde même de notre croisement je serai suivi par la mer.

La mer me suit, m’accompagne, oui.

Ne faites pas ces yeux-là.

Écoutez-moi, ne me regardez pas.

Écoutez-moi.

En pleine ville pleine foule, à l’heure de midi, je suis suivi par la mer.

Parfois c’est elle qui me devance.

Me dépasse, d’une vague un peu plus forte.

À peine visible, la vague avance, s’aplatit, s’évapore.

Léger grésillement.

Je la sens qui m’entoure, qui m’enveloppe.

En pleine ville.

Vous pourriez, nous pourrions tous nous baigner dans le même élément.

À condition d’avoir fait cet effort le plus difficile, commencer par revenir là d’où nous sommes venus

Nous venons tous de l’eau.

Une vague nous porte nous emporte, à déferlement plus ou moins immédiat.

Plus ou moins concentré sur lui-même.

Notre vie notre marche sont déroulement d’un mouvement sur lui-même.

Laissez-vous porter dans la marche par l’eau qui est derrière vous.

Laissez-la passer devant.

Laissez-la jouer jusqu’au bout son mouvement d’eau.

Laissez-la vous entourer de large.

Ô le paradoxe.

C’est la toute toute petite Belgique qui m’aura donné ce sens du large.

Du voisinage avec le large.

Ce sens du débordement immédiat.

Moi dans le cadre, je marche.

Je me vois qui, vous me voyez qui.

Suis en train de marcher.

Mon regard porte ma décision.

Qu’est-ce qui porte mon regard?

Mon corps

Et mon corps?

Le mouvement, l’onde du mouvement que je génère avec mes pieds.

N’est-ce pas une image tout à coup, n’est-ce pas changement de pied comme en font les sportifs les poètes?

Bien entendu, une feinte l’image poétique!

Bien sûr, un défaussement de l’esprit dans l’espace!

Autant la matérialiser, l’allonger dans le sens de l’étendue, elle.

L’onde de la marche, la voici à mes pieds justement.

Regardez-la qui dépasse d’une bonne pointure la pointe de ma chaussure.

Les images de mer débordent toujours un peu.

S’étalent, ne peuvent pas s’empêcher de progresser.

Il n’y  pas de frein à la mer.

La lune, peut-être.

Moi j’aime mes lunes liquides.

Donc j’avance dans une rue comme en lisière d’une plage.

À Ostende, Knokke ou de Panne.

Quel est le nom de mon chausseur de vagues, demande-t-on ?

Où peut-on se procurer la même marque?

J’ai tout à fait saisi le sel de l’ironie.

Laissez-moi vous donner son nom, il s’appelle Spilliaert.

Léon Spilliaert.

Léon est prénom qui fait un peu rire, je sais.

Pourquoi ne voit-on plus le lion dans Léon, pourquoi les lions ne sont plus à la mode, je ne sais pas.

Crinières de lion crinières de vagues, il y a des modes dans les images.

Il y a des associations qu’on ne peut plus faire.

L’animalité de la nature suit l’artifice.

Il faut s’adapter au pas de la mode dans la manière de marcher.

Voyez comme j’ai pris mes précautions pour sortir de la mer à l’instant!

Pas facile la bonne dégaine, n’est-ce pas.

Pas évident de placer la Mer du Nord, moins encore la Belgique, dans le poème

Osé, non?

Critiques à crinières critères traînant par terre, fait-il moderne ou pas sur vos plages ?

Eux: votre Mer du Nord remonte au plus tard à 1908, nous semble un peu dépassée déchaussée.

Moi: la mer est une ride sans ride, les roches s’érodent, la mer ne vieillit pas.

Eux: c’est glacial un Spilliaert, je m’y baigne, j’attrape ma congestion brrrr!.

Moi: vous vous rappelez le « Retour du Bain », les six sept petits bonshommes nus qui courent se réchauffer sur le sable en faisant de grands gestes avec les bras, celui tout en haut à gauche, c’est moi.

Eux: quel âge aviez-vous?

Moi: je n’étais pas né, il faut me croire sur parole.

Eux: voulez-vous inventer une nouvelle forme d’art?

Moi: oui, comme on marche à la mer la marche à la parole, les éléments ne sont là que pour nous accompagner, nous soutenir, nous mettre à l’épreuve.

Eux: Ostende n’a pas tellement bien tenu le coup depuis le début du siècle.

Moi: de la Maye jusqu’à la Haye une seule unique ligne de partage, la mer le sable. Ceux qui savent d’instinct qu’une plage monte, qu’est ouest sont de chaque côté d’une longue perpendiculaire Nord Sud et que l’horizon est vertical, ceux-là ont la pointure Spilliaert.

Léon Spilliaert [1] contesta a sus críticos

Desde que descubrí el Mar del Norte hago que represente un papel retrospectivo.

Lo insinúo por doquier.

Lo hago deslizarse silencioso por mis recuerdos.

Lo hago penetrar muy lejos dentro de las tierras del continente.

Me paseo permanentemente por la playa.

¿Me ven en la calle?

Soy yo, caminando por una acera parisiense, de Lille o de Bruselas, avanzando de frente como lo hacen los paseantes naturales, urbanista soñador que da la impresión de mirar ante sí mismo, de saber a dónde va.

Es verdad, sé donde voy.

Lo que no ven sin embargo, cómo podrían verlo, es que, en el momento exacto en que me dispongo a cruzarme con ustedes, no les saludaré, con perdón, no reconozco a nadie, soy distraído tengo siempre los ojos en la lejanía, en el mismo segundo de nuestro encuentro, seré seguido por el mar.

El mar me sigue, me acompaña, sí.

No pongan esos ojos.

Escúchenme, no me miren.

Escúchenme.

En plena multitud ciudadana, a mediodía, camina el mar detrás de mi.

A veces se me adelanta.

Me supera, con una ola un poco más fuerte.

Apenas visible, la ola avanza, se aplana, se evapora.

Ligero chisporroteo.

Noto que me rodea, que me envuelve,

En plena ciudad.

Podrían ustedes, podríamos bañarnos todos en el mismo elemento.

Con la condición de haber realizado el esfuerzo más difícil, empezar volviendo al lugar de donde venimos.

Todos venimos del agua.

Una ola nos lleva, se nos lleva, en un rompimiento más o menos inmediato.

Más o menos concentrado en sí mismo.

Nuestra vida nuestro caminar son desarrollo de un movimiento sobre uno mismo.

Déjense llevar en su camino por el agua que está detrás de ustedes.

Dejen que los adelante.

Dejen que represente hasta el final su movimiento acuático.

Dejen que los envuelva en alta mar.

Oh paradoja.

Es la pequeñísima Bélgica la que me dio ese sentido del mar adentro.

De vecindad con la alta mar.

Ese sentido de desbordamiento inmediato.

Yo, en el marco, camino.

Me veo que, me ven que.

Estoy caminando.

En mi mirada se nota mi decisión.

¿Qué es lo que lleva mi mirada?

Mi cuerpo.

¿Y mi cuerpo?

El movimiento, la onda de movimiento que se crea con mis pies.

¿No es acaso una imagen súbita, un cambio de pie, como el que hacen los deportistas los poetas?

¡Por supuesto, una fingida imagen poética!

¡Naturalmente, un fallo del espíritu en el espacio!

Mejor materializarla, alargarla en el sentido de su extensión, a ella.

A la ola de la marcha, hela aquí a mis pies, por cierto.

Mírenla cómo sobrepasa al menos en un punto la punta de mi zapato.

La imágenes marinas siempre desbordan un poco.

Se extienden, no pueden abstenerse de progresar.

El mar no tiene frenos.

La luna, quizá.

A mí me gustan las lunas líquidas.

Luego avanzo por la calle como por la orilla de una playa.

En Ostende, Knokke o de Panne.

¿Cómo se llama mi zapatero de olas? me preguntan.

¿Dónde podemos encontrar la misma marca?

Capto muy bien la sal de la ironía.

Déjenme darles su nombre, se llama Spilliaert.

Léon Spilliaert.

Léon es un nombre que da un poco de risa, ya lo sé.

Por qué no vemos ya el león en Léon, porque los leones ya no están de moda, no lo sé.

Melenas de león melenas de olas, en las imágenes también hay modas.

Hay asociaciones que ya no se pueden hacer.

La animalidad de la naturaleza continúa el artificio.

Hay que adaptar al paso de la moda el arte de caminar.

¡Vean cómo tomé precauciones para salir del mar inmediatamente!

Nada fácil tener buena facha ¿verdad?

Nada evidente colocar al Mar del Norte, y menos aún a Bélgica, en el poema.

¿Atrevido, no?

Críticos de crines criterios arrastrándose por tierra ¿resulta o no moderno en vuestras playas?

Ellos: Vuestro Mar del Norte se remonta al menos a 1908, nos parece un poco superado descalzado.

Yo: El mar es una arruga sin arruga, las rocas se erosionan, el mar no envejece.

Ellos: ¡Resulta glacial un Spilliaert, si me baño en él, me pillo un catarro, brrr!

Yo: Recordad el <<Retour du Bain Volver del Baño>>, con sus siete hombrecillos desnudos corriendo a calentarse sobre la arena mientras  gesticulan con los brazos, ese de ahí arriba, a la izquierda, soy yo.

Ellos: ¿Qué edad tenía?

Yo: No había nacido aún, hay que creerme bajo palabra.

Ellos: ¿Quiere usted inventar una nueva forma de arte?

Yo: Sí, como marchamos hacia al mar la marcha de la palabra, los elementos sólo están  ahí para acompañarnos, apoyarnos, ponernos a prueba.

Ellos: Ostende no ha aguantado mucho desde principios de siglo.

Yo: Desde La Maya hasta La Haya, una sola línea de partición, el mar la arena. Aquellos que saben instintivamente que una playa sube, que este y oeste están a cada lado de una larga perpendicular Norte Sur y que el horizonte es vertical, esos calzan el mismo número que Spilliaert.


[1] Pintor belga (1881-1946) que nació y vivió en Ostende como Ensor.  Pintaba visiones nocturnas, playas desiertas, diques, plazas, llenas de soledad y melancolía con una técnica que mezcla el guache, acuarela, tinta de china, lápices de colores, pastel…Adicto a los círculos literarios simbolistas de su país, Hellens, Verhaeren, Maeterlink fueron sus amigos.  Pictóricamente le influyeron Munch, Knopff y Degouve de Nuncques.

 

NOTA DEL TRADUCTOR

Jacques Darras ha fundado una forma de vida poética bautizada en uno de sus versos deslumbrantes como poème parlé marché, que hubiese hecho las delicias de Antonio Machado. Poema hablado que hace camino al andar, que canta poesía hablando. Filólogo enamorado de los ríos, toma de la metáfora de las aguas subterráneas —de donde nacen hontanares que son luego alfaguaras, devienen ríos, cataratas y cauces torrenciales o plácidos y serenos—, la esencia de su poesía. Como las lenguas, cree Darras que los ríos no conocen fronteras y penetran y enriquecen con sus limos los países que cruzan, al igual que los trovadores crearon las lenguas europeas en su ir y venir llevando noticias, poemas y canciones en la bellísima lengua latina, inalterable hasta entonces.

Este poeta francés ha nacido en 1939 en la martirizada tierra picarda, hollada en el pasado por botas militares españolas y que fue nación con rica lengua propia que llegó a tener Colegio en Sorbona. Sus intereses cordiales y culturales se reparten entre la Inglaterra cuyos blancos acantilados divisa y sueña desde niño —amor que le hace estudiar y profesar la lengua inglesa de cuya literatura americana es catedrático—, y la Bélgica escindida en sus culturas (Le pays au bout de mon Jardin), Flandes y la Alemania de la Reforma, que junto con la Francia jacobina y revolucionaria en cuya lengua se expresa, construyen ahora, junto con las Españas, la Europa moderna heredera laica del  antiguo Imperio romano de Occidente.

Esos amores y esas ideas le hacen pegar su sombra a los paisajes —de nuevo como Machado, con quien busca también los datos más ocultos del “amor cortés” y la filosofía— que  aprende a amar y a beberse a grandes tragos en sus tormentas, en sus ideas, en sus fuentes, en sus versos, en sus montes, en sus arroyos y en sus viñas. Desde ellos, al caminar practica alternativamente una rica lengua interna, propia de quien fue lactante directo de la tierra madre, que se convierte en diálogo en alta voz con sus lectores y sus compañeros de viaje —amigos, hijos, vagabundos o desconocidos que surgen en el camino— que son también los filósofos, pintores y poetas actuales o pasados que sembraron su mente desde la adolescencia, preñando más tarde su poesía.

Ritmos mentales que se hacen hondos o ligeros, según el cansancio del caminante o la alegría que el vino despierta en su espíritu, pero que nunca afectan al lirismo que impregna esos versos largos, a veces interminables y llenos de meandros con los brazos siempre abiertos a los posibles afluentes que aporten nuevas noticias o sabores, colores u olores de otros predios y otros llanos. Versos que nacen a bocanadas de aire puro desde el padre François Villon al laicismo republicano, las germanías campesinas y  tradiciones populares, para dar en el mejor simbolismo francés o en el romanticismo alemán, desaguando a menudo en un automatismo verbal heredero de aquella tradición surrealista que quería cambiar no el mundo sino la vida.

La tarea de eliminar fronteras de cualquier tipo que la práctica nacida de su filosofía vital ha impuesto a Jacques Darras, le ha convertido en peligroso enemigo literario de los nacionalismos que enloquecen a los hombres y perturban las naciones hasta el punto de sembrar de estratos milenarios de cadáveres las tierras que él atraviesa hoy día en sus viajes. De esa irreductible actitud intelectual encontrará el lector numerosos ejemplos en los poemas que siguen, en su mayor parte inéditos, como ha deseado él que así fuera para entregar sus primicias  a los lectores de esa España que permanece todavía ausente en su poesía, pero cada vez más cercana desde sus recientes visitas a nuestra América —México ha sido el primer país en publicar una Antología suya en castellano[1].

Desde las mesas mexicanas, Jacques Darras sueña ya con el ascenso y descenso del horizonte fluvial del idioma español hasta llegar al regazo de la meseta castellana. Avanza comenzando a enamorarse de los ríos que cruzan nuestras sierras, trochas, campos y quebradas aguardando el día, en que el mismo poeta que ha sacudido a la poesía francesa de su letargo ensimismado, camine al fin hacia las aguas lustrales de la cultura española. Mientras tanto, ya están cruzando el cielo de los Pirineos los largos cirros de sus poemas desde aquella primera persona poética que inauguró Wordsworth, y que él ha asumido en parte de su obra.

Demos por seguro que los acontecimientos europeos que hicieron replegarse al temeroso poeta inglés al final de sus días en la jaula dorada del soneto, estimularán ahora en sus actuales ritmos unitarios a Jacques Darras —tras los inicios en su Preludio personal—, huyendo para siempre de los encierros verbales en los templos métricos para seguir regando con sus irónicos cantos libres, densos y barrocos, graves o risueños, las  nuevas fronteras. Sueña el poeta con que  se evaporen algún día esos muros, a menudo falsificados por la Historia, como la bruma se alza cuando amanece en los estuarios y vuela, para unir en el aire al Mosa con el Duero, al Rin o el Danubio con el Tajo, el Ródano con el Ebro, Escalda con Guadalquivir, Turia con La Maye o el Tíber. El poema que habla caminando, sólo podrá cantarse en verso transparente, tan claro y blanco como las aguas del lenguaje ético que deja fluir el poeta desde las riberas que recorre identificando su sentido.

Los torturados cirros del <<Je est un Autre>> rimbaldiano se transforman ya, en los poemas de esta Antología en cúmulo–nimbos espesos, cultos, vivos y populares que proclaman el <<Je suis l’Autre>>  expresado por Nerval y abrazar así al machadiano, como sujeto generoso que no precisa escindirse para ir al otro y ser nosotros con él, pues le basta con obedecer a la Palabra poética en cuyo ritmo y sentido edifica la Naturaleza al hombre histórico. Darras ha aprendido ya de memoria, en su viaje por las aguas claras de la lengua española, aquel cantar que dedicara don Antonio a don José Ortega y Gasset:

—Con el tú de mi canción

no te aludo, compañero;

ese tú soy yo.


[1] Je me fais l’Horizon Fleuve, “Me hago el Horizonte Fluvial”. Ediciones El Tucán de Virginia, México D. F., 2001. (Traducción y notas de Françoise Morcillo)

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3 respuestas a MIGUEL VEYRAT TRADUCE A JACQUES DARRAS (I)

  1. Myriam dijo:

    Excelente artículo.

  2. María Isabel saavedra dijo:

    Jacques Darras bajo el farol de Miguel Veyrat
    La transducción de esta poética, implica para Veyrat hacer carne el Dictum de Machado: —Con el tú de mi canción
    no te aludo, compañero;
    ese tú soy yo.
    Así, alumbra el itinerario de un desplazamiento a marcha de caminante, aguas soterradas o de rostro descubierto, en ríos que se hermanan sin fronteras. Me quedo con la osada manera del decir poético de Darras, y con esos paisajes adheridos a la sombra de su espalda, que conjetura M. Veyrat.

  3. Miguel Veyrat dijo:

    Estimado Mario, quizás sería bueno separar de la última nota de mi traducción, el texto donde hago referencia a la vida y andanzas de Jacques Darras. Un simple título en negrita bastaría. Gracias. Y un abrazo.

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